Art is the message, La Genèse

Nous sommes ensemble depuis quelques semaines quand il se tatoue sur l’avant-bras droit « Music is the Message », en référence à l’album et au morceau du même nom, de Kool And The Gang.

Nous sommes séparés depuis deux ans quand je me tatoue « Art is the Message » sur l’avant-bras droit.

« Art is the Message », c’est ce qu’il a écrit sur ma table de travail au début de l’année 2012. Une grande table en bois en forme de palette de peintre, réalisée par mon père. Un côté peint en noir, un côté laissé brut : toute personne passant par mon atelier y laissera sa trace. Un petit mot, une petite dédicace.

C’est là qu’il formule pour la première fois : « Art is the Message ». Ça me parle tout de suite et ça deviendra vite mon slogan. Quelques mois plus tard, avec son accord, je descend à Toulouse chez Eskimo me faire piquer.

C’est le symbole de la fin du deuil de notre séparation. Le symbole du début d’une nouvelle relation avec moi-même. J’ai maintenant l’Art tatoué dans la peau, sans même savoir ce que ce slogan deviendrait plus tard…

Des tatouages dans la peau aux tatouages dans le sable, la neige, le métal… « Art is the Message » se répand.

2008, c’est aussi l’année où je rencontre Jess. Une autre. En 2012, nous parlons de plus en plus souvent de notre rêve de faire le tour du monde.

Mais on aime créer aussi, alors on ne veut pas juste faire un tour du monde pour faire un tour du monde. On réunit ce qu’on aime : l’art, la musique, la photographie, la vidéo, rencontrer des gens passionnés, discuter du monde, de la vie… On se dit que ça serait bien de partir à la rencontre des passionnés, de les faire parler, de les filmer, puis de les montrer au reste du monde. Parce que les gens passionnés sont passionnants. Aussi, on pourrait prendre des photos, et faire des ateliers de création par exemple. Réunir des peintures des quatre coins du monde, faire des expositions, des documentaires vidéos, puis des livres…

On décide de monter l’association « Art is the Message ».

L’association « Art is the message » à été créée en xxxx dans le but d’apporter une vision différente de la vie. Ici, le mot « Art » n’est pas à prendre dans son sens propre, « Art is the message », c’est « soyez les créateurs, les artistes de votre propre vie ». Et nous voulons faire passer ce message par le biais de l’art dans son sens propre, au travers d’ateliers de création, d’évènements culturels, de conférences, regroupant différents types d’artistes.

En 2013, je pars m’installer à Montréal. On garde notre projet en tête avec Jess, pour le remettre à plus tard.

2014. Le temps passe, les vies évoluent, les objectifs changent… Je repense le projet, et le modifie quelque peu. Successivement, je pense à :

  • « Art is the Message – Un tour du monde à la rencontre des tatoueurs textiles »,
  • puis, « Painting Bad, l’atelier nomade – Un tour du monde à la rencontre des tatoueurs textiles », en référence à la série télé Breaking Bad.

« Peindre sur un t-shirt, c’est la fusion d’un tatouage et d’une étoffe, c’est peindre sur une toile mobile, une toile qui sera portée, transportée, baladée, une toile qui voyagera. C’est porter une pièce unique, à l’image, au style de son détenteur. » – Extrait du dossier de présentation du projet.

Les tatoueurs textiles, c’est parce qu’à cette époque, je peignais sur des t-shirts : de l’art à porter. Inspirée par la popularisation du tatouage, et en particulier par le livre Tour de France des Tatoués, je souhaitais rencontrer les peintres sur t-shirts à travers le monde :

  • réaliser un t-shirt avec chaque artiste rencontré afin de monter une collection internationale,
  • réaliser une tournée internationale d’expositions-défilés de cette collection, avec la présence de chaque artiste,
  • filmer ce voyage, les artistes, leur quotidien, et réaliser des documentaires vidéos.

Je commence alors à rédiger le projet et à réaliser une liste de peintres textile de France, Guadeloupe, Espagne, Canada, États-Unis, Cambodge, Iran, Bosnie, Islande.

Nouveau basculement de situation, pour diverses raisons, je ne souhaite plus faire d’art à porter. Je ne me sens plus trop en accord avec ça, et donc avec le projet des Tatoueurs Textiles.

Dans la rédaction du projet, plusieurs éléments me parlent encore :

  • L’observation et l’analyse sociologique de l’art dans des pays plus ou moins éloignés est l’un des trois objectifs du voyage. L’art est universel, il se trouve partout, et depuis toujours. Il représente un miroir des sociétés : c’est ainsi que je pourrai observer les différentes façons dont l’art est perçu dans les pays que je vais traverser. Cette observation sera enrichie de témoignages d’artistes ainsi que de témoignages de la population locale.
  • La réalisation de reportages vidéos et photographiques des passages dans l’univers des artistes rencontrés. Durant mon périple, je prévois de réaliser à chaque rencontre un documentaire vidéos sur les trois mois passés dans l’univers de l’artiste, ainsi qu’un carnet de voyage. Dans ces vidéos et carnets de voyage, on retrouvera l’artiste rencontré, les anecdotes, les sessions d’ateliers, l’univers de l’artiste, ses sorties, ses lieux privilégiés, son histoire, sa ville, son pays. Ça sera donc une vision de sa culture à travers ses yeux, retranscrit par mes yeux.

Nous sommes maintenant au début de l’année 2015. Je passe l’hiver à Paris, et je repense à mon projet… Et si je commençais par réaliser une saison pilote?

Je contacte quatre artistes : Abraham Diallo, Rachel Claudio, Rohân et Didier Piquionne, qui répondent tous positivement.

Le topo : Qui sont ces artistes et entrepreneurs, qui décident de vivre de leur passion? Art is the message est une série documentaire révélant l’intimité de personnalités créatrices à travers le monde. Des créateurs, artistes, entrepreneurs, passionnés, qui ont décidé de créer leur vie selon leurs propres règles, partagent la genèse de, leurs projets, leurs parcours, leurs passions, leurs doutes, leurs craintes et leurs aspirations. Le but est d’inspirer un large public à vivre pleinement, en lui montrant sous un nouvel angle les différents chemins de vie qui s’offrent à nous.

Je commence le tournage avec Abraham, à Dunkerque, avec sa bande Unno / Jay Fly. Je pars donc pour suivre Abraham, mais entourée de personnalités aussi créatrices et inspirantes, je me dis qu’il serait dommage de ne pas les intégrer au projet.

Naviguant sur instagram, je vois une nouvelle photo de Humans of New York

Et si je posais la même question, à plein de personnes, partout autour du monde? Genre, « C’est quoi pour toi l’art? »

L’aventure « C’est quoi pour toi l’art? », commence donc à Dunkerque, en parallèle du projet documentaire.

Pendant que « C’est quoi pour toi l’art? » voyage, je commence à me poser des questions sur le documentaire, dont j’ai tourné les séquences à Paris, puis à Montréal. Je n’ai pas bien pris le son, je ne suis pas satisfaite de mes images, je me demande comment les monter de manière dynamique et intéressante… Alors je laisse la pâte reposer, je me dis que j’y reviendrai plus tard.

Nous sommes maintenant à la mi-2016 lorsque je me remet dessus. Ça ne me plaît pas, ça ne me plaît plus. Je réalise qu’il me manque des compétences pour réaliser un long métrage. Et finalement, ce que j’aime et ce qui me parle à moi, c’est l’écriture, les livres, les photographies, les images fixes, les sons silencieux, le rythme des syllabes. Un objet matériel que l’on tient dans les mains, que l’on peut lire et relire.

Je me laisse encore le temps de réfléchir. Est-ce que l’idée du documentaire vidéo était la mienne ou partait-elle de la réflexion « Qu’est-ce qui interpelle le plus les gens? Vont-ils plutôt lire, ou plutôt aller voir un film? ».

Juillet 2016, je réalise un reportage photographique sur le comédien Eddy King, lors du festival Juste Pour Rire à Montréal. Je détiens mon support : le documentaire photo.

C’est ainsi que d’idées en idées, d’années en années, j’abouti sur la rencontre de toutes (ou presque) mes passions : l’art, le voyage, les sciences humaines, les écrits et les mots. Je monte donc le projet : « Art is the Message, Un tour du monde des Hommes ».

Le projet c’est de réaliser en partie le documentaire vidéo initial, par écrit et illustrer de photos et peintures – mes peintures et les peintures des artistes rencontrés, qui créeront pour l’occasion, autour de thèmes précis. Le tout sera regroupé dans un, ou une série de livres.

Comme cette citation de François Housset le souligne, nous sommes nombreux à penser que la vie ne peut se passer d’art, qui est probablement l’un des rares langages universels, si ce n’est pas le seul. À mes yeux, il constitue non seulement une sublimation de la réalité, mais aussi une façon essentielle d’exister. L’art est une forme de langage universel, transcendant les cultures et les antagonismes.

Le questionnement est alors le suivant : Comment l’art est-il abordé dans chaque culture? Qu’a-t-il à nous révéler? Quelle est sa place, sa signification, son but, son intérêt dans le monde d’aujourd’hui? C’est à travers la question « C’est quoi pour toi l’art? » que je souhaite rendre compte du message de l’art à travers le monde. Une même question posée à des milliers d’individus différents, et tout autant de réponses différentes : ce témoignage mettra en avant ce qui nous rapproche, d’une ville ultra-développée à un petit village de quelques habitants coupés du monde, et sublimera ce qui nous différencie.

Initialement, ce tour des Hommes devait durer deux ans, à partir de maintenant, décembre 2016, jusqu’en janvier 2019, où mes trente ans en marqueraient la fin. Une fin symbolique, car je m’étais toujours promise que si je n’avais pas fait le tour du monde avant trente ans, j’étais simplement passée à côté de ma vie. Une fin symbolique, mais aussi peut-être une envie inconsciente de me poser, fonder une famille avant que l’horloge biologique ne sonne… Réelle envie ou pression de la société? Je ne sais pas.

Quoi qu’il en soit, le plan ne pourra pas être suivi de cette façon, faute de financement. Le projet est là, seules les dates changent, et sont, pour le moment, en suspend.

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