Art is the Message x (Rachel) Claudio

Nous sommes le 23 juin 2012, au Zénith de Paris, lorsque je rencontre pour la première fois, via la scène, Rachel Claudio. J’y étais pour assister au concert de The Roots, et Vicelow en faisait la première partie, accompagné notamment de Claudio. J’ai pu mettre un visage sur une voix que j’avais déjà entendue, mais surtout, je me suis : « Mais qui est cette extraterrestre?! », tellement je l’ai trouvé atypique, captivante, hypnotisante. Habillée de sa robe vert-eau près du corps, elle m’a fait penser à ces sirènes dont la légende veut que leur chant soit irrésistible.

C’est alors qu’en mars 2015, dans le cadre de mon projet documentaire, je contacte Claudio, et nous nous rencontrons à Paris. Après avoir abandonné l’idée originale du documentaire, je vous présente finalement notre inspirante discussion, dont vous pouvez retrouver la retranscription écrite sous la vidéo.

« La science nous dit que nos cerveaux peuvent gérer un très petit pourcentage de ce qui existe. Sinon on se sature et l’esprit s’écraserait. Et donc chaque personne voit ça pour créer sa version de la réalité. So, ça de l’univers infini. Et pour moi, c’est juste que l’artiste, a la place d’avoir une ligne très droite, soit il perçoit plusieurs points en même temps, soit sa porte de perception est juste un peu plus large et il laisse ces informations infinies entrer en même temps. Et je pense que c’est exactement pour ça qu’il y a plein d’artistes qui à un moment pètent un câble. Parce que l’esprit peut soutenir des informations limitées.

Mais c’est aussi hyper beau. Et pour moi c’est un des grands but de l’art, c’est de rappeler à l’humain que la réalité n’est pas fixe.

Peux-tu te présenter brièvement?

Je suis Rachel Claudio, auteure compositeure, amoureuse du kung-fu, fabriqueuse de belles bêtises. Je suis australienne et j’habite à Paris depuis neuf ans maintenant.

Comment es-tu entrée dans la musique?

La musique m’a sauvé la vie tellement de fois que c’est comme demander à une jumelle « que serais ta vie sans ta sœur ? ». Je ne me suis jamais rendue compte qu’il y avait un autre chemin. Je ne me connais pas sans la musique. Je pense que j’ai eu la magnifique chance de savoir que c’était tout ce que je voulais faire. Parce que quand on sait ce qu’on aime, ça crée un chemin naturellement qu’on s’en rende compte ou pas.

Qu’aurais-tu fait si tu n’avais pas fait de musique?

Si je n’avais pas vu une évidence qu’il y avait des gens dans le monde qui connectaient avec ce que je faisais, je le ferai toute seule dans ma chambre toute ma vie, sans jamais demander au monde. Je dois savoir qu’il y a une connexion dedans. Je crois en tout cas que quand on est sincère dans l’intention on se connecte avec le partie qui est existant chez chaque humain. Souvent j’utilise la réponse émotionnelle des autres presque comme une validation du fait que j’ai touché ça en moi-même. Le plus grand compliment qu’on peut faire c’est « tu m’as rendue plus à l’aise en moi-même parce que ce que tu communiques je le connais ».

Quelle importance a le contact humain dans ton art?

J’ai vu un documentaire très étrange sur une femme qui apparement communique avec les animaux. Et tu la vois sur une montagne, il y a des babouins sauvages qui se mettent à côté d’elle, comme si elle faisait partie de leur tribu. Il y a des chercheurs dans le comportement animal qui sont là et qui hallucinent à ça. Et quand elle explique, c’est très similaire à ce que les natifs américains et les tribus africaines disent, elle dit qu’elle sait qu’elle est connectée avec l’univers quand les animaux viennent naturellement à elle. Donc sa responsabilité c’est de trouver ça en elle-même d’abord.

Je pense que la musique, le fait de partager la musique, pas le fait de faire de la musique, mais le fait de la partager, c’est ça. Il y a une grosse partie où je sais que on est tous connectés, et la musique est une évidence de ça.

Quand tu es sur scène, comment te sens-tu, comment perçois-tu les choses, et comment arrives-tu à te donner?

La musique c’est l’énergie qui est transmise via le son. Si mon intention est vraie, la plupart du temps, je le sais tout de suite, je le sais parce que je le sens. Si moi je peux m’émouvoir, c’est juste parce que j’ai touché ce truc qui nous appartient. Moi mon rôle c’est de libérer les autres en faisant ça, ce qui n’est pas toujours évident dans un monde qui se regarde tellement. Qui ne fait pas la distinction entre le fait de se raconter et l’amour propre. Pour moi le grand but c’est de pouvoir atteindre l’abandon, et d’être hyper focalisé sur le contenu du message, pas la forme.

Tu nous peux nous parler de ta plus grande souffrance, ou de ce que tu as ressenti au moment où tu as touché le fond?

J’ai eu certains moments où j’avais l’impression de mourir. Et j’ai remarqué que les moments dans ma vie où j’ai touché le fond sans résistance, les périodes après, étaient vraiment une renaissance. Je crois que chaque personne a plus d’une naissance dans leur vie dans ce sens là. Leur première naissance, ils deviennent un produit de leur culture et de leur environnement. Mais de vraiment être détruit émotionnellement, ça fait en sorte qu’on peut se reconstruire de manière consciente, et je trouve ça nécessaire, surtout pour les artistes. Et je pense que pour beaucoup d’entre nous, on résiste à ce moment, on fait tout pour éviter, sentir les choses qui ne sont pas…

Mon poète préféré, John Keats, says :

« Do you not see how necessary a world of pains and troubles is to school an intelligence and make it a soul? »

Il y a tellement de choses qu’on ne peut pas arriver d’être sans la souffrance. C’est un droit de passage je trouve pour l’aboutissement de qui on est vraiment. So, je ne changerai pas les choses dans ce sens là.

As-tu eu des moments de doutes où tu t’aies dit que tu devrais faire autre chose de plus sûr financièrement?

Dans les moments où j’ai galéré matériellement, je ne me suis pas dit il faut que je quitte la musique. Pour moi ça n’a jamais été une option parce que, je ne sais pas c’est comme « ouai demain il va falloir que je vive sans poumons ». Donc c’était plus il faut que je me diversifie dans la musique à la place de faire quelque chose d’autre. Et j’avoue que la galère m’a bien fait évoluer.

Fais-tu un lien entre la folie et les artistes?

Je sais au delà des doutes que j’ai eu la chance extrême d’être née dans une famille qui a trouvé my strangeness, mon manque de conventionnalité intéressant. Et donc personne n’a jamais essayé de m’écraser, jusqu’à l’âge de quand j’étais vraiment dans le monde. Et je sais que c’est la seule chose qui a dit que moi j’ai la chance de faire ma musique et d’autres sont dans un hôpital psychiatrique. Récemment j’ai fait un atelier d’expression créative dans un hôpital psychiatrique en Belgique. Il y avait des gens qui venaient de sortir de la psychose. Et cette expérience était juste magnifique. Et je regardais ces gens et je me suis dit you know what ? Pour moi chaque personne ici est une âme sensible à qui on a jamais donné les outils pour être eux-mêmes. Des âmes sensibles qui n’ont jamais eu les armes pour exister. Évidemment je me suis dit ça aurait tellement pu être moi ou quasiment tous les artistes que je connais.

Quel est ton rapport à l’engagement, à la prévision de l’avenir, etc?

J’aimerai bien créer un système où je pourrai aider les autres aussi à atteindre leur expression créative. Parce que pour moi chaque personne sur la terre est artiste qu’ils le sachent ou pas. Il y a certaines personnes avec des prédispositions beaucoup plus amplifiées dès le début, mais le fait que chaque personne rêve pour moi est l’évidence qu’on est chacun avec un esprit brillant qui n’a pas toujours les outils pour s’exprimer.

Comment vois-tu la vie de manière générale?

J’avoue que je passe la plupart de ma vie dans un état fasciné. J’essaye de prêter mon attention à ce qui me passionne. Et les gens que j’admire le plus qui sont à la fois souvent les artistes que j’admire le plus, c’est les gens qui à mes yeux en tout cas, ont l’air d’être dans un état d’étonnement perpétuel. Et on peut procurer ça en nous-même. Je veux tout faire pour protéger ça en moi. Parce que c’est la seule chose, avec la gratitude, qui peut assurer le bonheur.

On peut dire que ce que tu recherches c’est le bonheur et l’authenticité alors?

La paix, parmi ce monde chaotique, je trouve que ce n’est pas un petit exercice. Sinon il n’y aurait pas les moines qui pratiquent ça pendant vingt ans avant d’atteindre un certain niveau… Je veux comprendre de plus en plus ce que c’est l’être original. Le fil qui lie chaque humaine au-delà de sa culture…

As-tu l’impression d’appartenir à un pays, une ville, un endroit précis?

J’ai remarqué que j’ai très peu d’affinités avec les endroits eux-mêmes. Et dans mon cas je sais que, dans mon travail, c’est important que je devienne plus enracinée. J’ai toujours résisté à tout ce qui est permanent, engagements. C’est pas pour rien que je suis toujours sur le dernier étage dans chaque immeuble. Jamais sur le rez-de-chaussée. Toujours plus proche du ciel que de la terre. Mais j’ai trouvé beaucoup plus d’appartenances entre les artistes partout dans le monde. J’ai toujours trouvé énormément d’affinités, que ça soit au Pakistan ou à Philadelphie. Il y a un lien entre les artistes en général. On se reconnaît, l’intention, la difficulté qu’on a eu d’être dans le monde.

Quelles sont tes inspirations?

En ce moment je suis très inspirée par James Blake, FWA twigs, Bjork.

Je trouve ça magnifique quand les artistes ou même les gens tout court expriment quelque chose, et dans le rendu ça paraît tellement étrange et unique, etc. mais tu n’as jamais l’impression qu’ils voulaient être bizarres ou différents. Que c’était juste la conséquence d’avoir été leur soi authentique. J’adore ça ! La beauté étrange, sans se regarder, si tu vois ce que je veux dire.

C’est quoi pour toi l’art?

Le processus de l’art en général, c’est tu as une certaine vision et t’essayes de réconcilier la réalité extérieure avec la vision qui existait avant. Parce qu’en réalité, on n’invente rien. Pour moi, l’art c’est moins une histoire de création, mais plus une histoire de réarrangement. Parce que toutes les fréquences sur la Terre existent déjà. Techniquement, même si on n’a pas touché les limites de ça, techniquement, niveau fréquence c’est limité. Donc on est tous dans un processus de présenter ce qui existe d’une manière qui n’a pas encore été vue. Et la réaction c’est « ah ouai je n’avais pas pensé à ça ». L’art existe pour prouver que nos réalités ne sont pas fixes.

Le mot de la fin?

La vérité c’est la beauté, et la beauté c’est la vérité. John Keats encore ce mec.

Merci Rachel ♥ »

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