Pamplona Alta, PÉROU

1er avril 2017
Pamplona Alta, PÉROU
par Jessica Valoise

Mon aventure Péruvienne commence le 11 janvier 2017, à Lima, la capitale.

Tout comme l’année dernière lors de mon voyage en Inde, je me suis introduite dans ce nouveau pays via un volontariat dont la mission première était de réaliser une vidéo promotionnelle du projet de Jorge, « Superlearner », qui à ce moment là, n’en était qu’au stade embryonnaire. M’expliquant le plus clairement possible son idée, avec notre anglais approximatif, mon espagnol inexistant et ses quelques notions de français, nous voilà dès le lendemain, en route pour notre toute première journée à Pamplona.

Le drapeau du Pérou sur la terrasse de Ivon.

Situé dans les collines entourant Lima, Pamplona Alta est un bidonville habité par plus de 20 000 résidents.

C’est au début des années 1980, alors que le pays est en proie au conflit armé opposant le gouvernement Péruvien, le Parti Communiste du Pérou – Sentier lumineux et le Mouvement Révolutionnaire Tupac Amaru, que les habitants de Cuzco, Ayacucho, Pasco et de nombreux autres départements en situation de guerre civile, choisissent le district de la province de Lima, San Juan de Miraflores, alors désertique, comme nouveau foyer.

Les missionnaires espagnols, originaires de Pampelune, aident les nouveaux résidents à s’installer et c’est en leur honneur que les nouvelles zones créées à San Juan de Miraflores s’appelleront Pamplona Alta et Pamplona Baja.

Bienvenue à Pamplona Alta !

Aux pieds du bidonville, là où le bus nous dépose. Une longue montée depuis l'avenue principale en contrebas nous attend.
Construit tout en hauteur, les marches sont infinies, indispensables, et parfois dangereuses. Ces dernières années, à l'initiative du maire de Lima, la ville a embauché des résidents du quartier pour construire des escaliers en béton, remplaçant les sentiers de terre et améliorant ainsi les conditions de vie et de sécurité des habitants.
Une église de Pamplona nous souhaite la bienvenue, le christianisme étant très présent et très pratiqué.
Vue sur Pamplona, depuis un des points les plus hauts.
Vue sur Pamplona, depuis un des points les plus hauts.
À la création de Pamplona, il n'y avait ni eau, ni électricité, et les maisons étaient construites à partir de nattes de roseau. Petit à petit, les habitants ont pu se permettre d'acquérir des matériaux de construction et ont commencé à renforcer leurs maisons avec du contreplaqué et des briques.
Aujourd'hui, la plupart des maisons sont dans un état de construction continue, que les habitants renforcent et améliorent dès qu'ils peuvent se le permettre.
Les camions à eau, gérés par des entreprises privées, fournissent de l'eau quotidiennement, à un coût dix fois plus élevé que dans les zones où il existe des lignes.
Ce système d'acheminement de l'eau souffre d'un important risque de contamination de l'eau, à la fois via les camions eux-mêmes, mais aussi via les conteneurs dans lesquels ils sont entreposés.
Beaucoup de familles élèvent des poules pour compléter leur alimentation, ou les vendre sur le marché.
Une école privée (bien que libre d'assister) contraste avec les maisons peintes en dessous. L'école a été construite et est en partie gérée par une organisation d'aide catholique. Actuellement, la moitié des salles de classe restent vides parce que le gouvernement est incapable de fournir un personnel enseignant complet.

Rapidement, je me suis identifiée au projet de Jorge, et ai voulu m’investir un peu plus. Au lieu de rester trois semaines comme initialement prévu, je suis restée deux mois. Tout s’est fait de manière très organique.

Alors que nous devions simuler un cours d’anglais pour le tournage vidéo, je lui ai proposé de donner un vrai cours : un atelier de créativité. Le sujet du premier atelier était de choisir un objet, un sentiment, une chose, et de le représenter de trois manières différentes à l’aide de crayon de couleurs et de peinture. L’intérêt était de leur permettre d’observer un élément sous différents angles. Au second atelier, je leur ai demandé de choisir des images dans des journaux, puis de les assembler et d’en faire un collage afin de créer une nouvelle image et de nous raconter l’histoire de cette nouvelle image. L’intérêt était de leur apprendre à utiliser ce qu’ils ont déjà et d’en créer une nouvelle utilisation.

C’est ainsi que les ateliers ont commencé, plus tôt que prévu, et qu’avec Jakob, un autre volontaire Allemand, ayant fait partie de la base de Superlearner, nous avons décidé de devenir des membres permanents de cette organisation.

Ce que j’apprécie particulièrement dans la démarche de Jorge, c’est qu’il n’est pas là en maître ou donneur de leçon. Son but est de rendre les enfants autonomes. Ici, il n’est pas question d’arriver en père noel et d’apporter des bonbons ou des jouets, ni d’apparaître en héros dont les enfants seraient dépendants et admiratifs. Nous sommes dans un réel échange : en faisant et en partageant ce que nous aimons, nous leur permettons d’ouvrir leurs perspectives et de révéler leur propre potentiel.

C’est aussi pour ces raisons que le volontariat se fait gratuitement, alors que généralement, les volontariats dans l’humanitaire sont payants, et même, très chers. En enlevant le facteur argent, on enlève aussi une tendance de dépendance où finalement l’intérêt ne serait pas qu’un jour, ces enfants n’aient plus « besoin » de nous.




Nous ne sommes pas non plus complètement inconscients des besoins de finances et de ressources : Jorge doit pouvoir accueillir les volontaires (hébergement, nourriture), assurer les déplacements entre Magdalena del Mar et Pamplona Alta qui se trouve en périphérie de la ville, fournir le matériel nécessaire aux ateliers (feuilles, stylos, impressions, peinture, accessoires…), fournir du matériel à Pamplona (chaises, tables, tableaux…), etc.

Pour cela, Jorge a un plan à court terme et un plan à long terme. À court terme et pour continuer ce beau démarrage imprévu de Superlearner, il lance une campagne de socio-financement afin de subvenir aux besoins sur six mois. À long terme, et en collaboration avec Art Is The Message et Mozaiko, il souhaite faire créer par les enfants et les femmes de Pamplona, des vêtements, chaussures et accessoires qui seront vendus à l’international, et dont les bénéfices permettront de subvenir aux besoins du programme.

Photo de groupe après un atelier.

Revenons maintenant à la vidéo promotionnelle.

Je disais à Jorge qu’il fallait qu’on trouve un musicien pour réaliser la bande-son de la vidéo, quand, lorsque nous revenions de Pamplona, Leonardo et son frère montent dans le bus et se mettent à chanter… Je prend alors le contact de Leo, et nous lui demandons de nous rencontrer.

L’accord se conclue très rapidement, et quelques semaines plus tard, Leo nous écrit et compose une magnifique chanson, que vous pourrez entendre dans la vidéo, en fin d’article.

« Miradas inocentes, Sonrisas blancas, manos heridas, « El Arte es el Mensaje », el instrumento es tu corazón, el alma no tiene color, y la felicidad tatúa en tu interior. »

Leonardo en train de chanter sur la terrasse d'Ivon.

À la suite de toutes ces rencontres et de ces heures de tournage, j’ai demandé aux habitants : « C’est quoi pour toi l’art? ».

Voici la famille de Jeremy. Sa grand-mère, Catalina, les élève tous les trois après que leur mère soit décédé et que leur père les ait abandonné. Cette photo a été prise devant son petit business, qu'elle a ouvert après le décès de sa fille afin de subvenir aux besoins de ses enfants tout en étant proche d'eux. Lors de son temps libre, elle les emmène parfois au parc ou au cinéma. Sa plus grande peur est de partir trop tôt et de les laisser alors qu'ils sont encore trop jeunes. La plus grande peur de Jeremy est de perdre sa famille. Il souhaite devenir ingénieur en bâtiment et sa grand-mère ne souhaite que les voir grandir en ayant une bonne situation.

« Il y a un sens qui peut être démontrer à travers l’art, montrer que quelqu’un peut faire quelque chose. Quelque chose de sympa pour l’avenir. » Catalina, 51 ans

« Pour moi l’art est une source d’inspiration, ça me donne envie de dessiner, de peindre. » Jeremy, 9 ans

Ici, Sayuri, Nadin et Judy lors de notre toute première rencontre, attendant qu'on leur explique le projet. Sayuri et Nadin sont soeurs, elles ont 12 et 9 ans. Judy a 11 ans et sa plus grande peur est qu'il y ait un tremblement de terre, le Pérou étant très régulièrement sujet aux tremblements. Sayuri et Nadin ont aussi un grand frère de 21 ans que Sayuri adore taquiner. Son rêve à elle est de devenir décoratrice d'intérieur et une des ses peurs est de tomber enceinte trop jeune comme beaucoup de filles du quartier. Sa soeur Nadin a peur du noir et rêve d'avoir une maison.

« L’art c’est la décoration. » Sayuri, 12 ans et Nadin, 9 ans

« L’art c’est ce qui est beau. » Judy, 11 ans

Ivon est notre contact principal à Pamplona. C'est elle qui nous obtient les autorisations, qui fait le lien entre les parents et nous, c'est aussi elle qui nous a offert son salon pour les premiers ateliers.

« L’art? C’est où je peux exprimer ce que je ressens en moi, c’est quelque chose qu’on aime faire… Réfléchir quelque chose dans une peinture sur ce que je veux… Le théâtre, la danse, c’est comme une passion, une belle qualité, quelque chose de beau, quelque chose que peut-être tout le monde n’a pas. » Ivon Media, 41 ans

Cielo est la fille d'Ivon, intelligente, passionnée et pleine de vie. Elle rêve d'être docteure, et a peur des tremblements de terre.

« Pour moi, l’art est vivant parce qu’il a des couleurs, on peut dessiner, peindre, apprendre à lire. » Cielo, 9 ans

Jorge, jeune et philanthrope, est le fondateur de l'organisation Superlearner. Il est né et a grandi à Lima, dans des conditions de vie similaires aux enfants de Pamplona. Son rêve est de laisser un impact positif sur cette planète, et ce qu'il craint est de ne pas parvenir à ses objectifs.

« Pour moi, l’art qui vient de l’âme est quelque chose d’authentique que l’être humain, l’artiste a pour exprimer ses sentiments. L’artiste peut sensibiliser, l’artiste peut faire preuve d’empathie, peut avoir de l’empathie avec les autres. Pour moi, l’art est un façon de montrer ses sentiments au monde entier. » Jorge, 28 ans

Pour cette aventure, je tiens à remercier Pébéo pour son important soutien. Merci à Jorge, créateur de l’organisation Super Learner, pour sa confiance et son aide. Merci aux habitants et habitantes de Pamplona pour leur accueil.

En espérant que ce reportage ait suscité votre intérêt, n’hésitez pas à le partager.

© 2017 Art is the Message, par Jessica Valoise – Les photos publiées ne sont pas libres de droit. Le téléchargement, la diffusion, reproduction, distribution, communication des images ne peut s’effectuer qu’avec mon accord. Pour toute information, booking ou achat de photographies, merci de contacter François Simard – fsimard@hahaha.com.

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